Simulacres
(par Antoine Gindt) Les quatre Simulacres (le premier enregistré en 1991, les trois autres en 2003) viennent ponctuer régulièrement la collaboration de Georges Aperghis avec l'Ensemble Accroche Note. Les trois premiers font appel au trio original de l'ensemble (voix, clarinette, percussion - augmenté d'une clarinette pour le n°III), le quatrième revient à l'instrument solo, en l'occurrence la clarinette basse. Tous valent à leur titre d'entretenir une extraordinaire ambiguïté entre musique et narration. La percussion et la pulsation initiale (marche chaotique due à la superposition de divisions impaires (triolets pour la clarinette contrebasse, quintolets pour la voix et la percussion) donnent à Simulacre 1 - autant que les deux cadences de clarinette contrebasse et de voix - son aspect à la fois tribal et savant. On y retrouve aussi - une dernière fois dans ce disque - une part de spectaculaire (la voix du percussionniste) qui dirige un grand crescendo, au fur et à mesure alimenté par des interjections comico-dramatiques, jusqu'à ce que la pièce se termine, dans un sprint galérien. Dans les Simulacres II et III, la percussion est confiée définitivement au seul marimba (comme ensuite dans les Quatre pièces fébriles) et le percussionniste perd sa fonction vocale. Le théâtre, qui transparaît en filigrane, n'est plus amené par des interjections explicites mais plutôt par une dramaturgie du temps. Le Simulacre II expose les trois parties solistes en monologues successifs et donne l'impression claire d'une scène véhémente, disputée entre trois personnages. Il se termine, comme il a commencé, par la voix seule, qui, finalement, conserve, ses prérogatives. Le Simulacre III au contraire se présente d'abord comme une pièce brillamment polyphonique. Le doublement de la partie de clarinette ouvre un espace harmonique nouveau entre la voix et le marimba. Là encore la voix est décisive et fait revenir progressivement la pièce à une sorte de conversation. Dans les deux partitions, le marimba donne, par un effet de ritournelle cyclique, un aspect forain et enjoué cher au compositeur, mais bénéficiant d'un traitement tout à fait nouveau dans sa production. Simulacre IV est un morceau de grande virtuosité où la clarinette basse endosse tous les rôles précédemment découverts dans les Simulacres. L'expressivité, l'étendue des registres offrent à l'auditeur une palette tout à fait extraordinaire de conversation instrumentale, simulacre de grands discours et de confidences. | ||||