Les secrets élémentaires pour piano
Cette oeuvre est écrite sous forme de variation continue d'un unique matériau dont les deux formes, mélodico-rythmique - synchronique et diachronique, se métamorphosent au sein de chaque pièce comme au sein du recueil tout entier . Les Secrets élémentaires qu'énonce le piano ne renvoient pas à un arrière-fond caché, à une confession romantique qu'ils viendraient traduire. Ce qui s'écrit et s'inscrit ici, c'est, comme le disait Roland Barthes du piano de Schumann, « le corps qui bat ». Car il s'agit avant tout, pour Georges Aperghis, de considérer le pianiste comme doté de dix doigts qui sont autant de « percuteurs indépendants » dans une « polyphonie de couleurs ». Il s'agit même de remettre à plat, d'aplatir en quelque sorte ce que le piano porte en lui de romantisme : « Comment jouer avec la couleur du piano qu'on entendait, enfant ; comment prendre ces choses si passionnelles (si “romantiques”) pour en faire du papier peint, des à-plats sortis d'un tableau dont on ne verrait plus que quelques détails. Bref, revenir à un piano moins cataclysmique, moins hystérique que ne l'est souvent le piano contemporain ; et pouvoir jouer comme un enfant avec ces trois accords à la Chopin qui m'émouvaient tant. » J'entends dans les Secrets élémentaires son Mikrokozmosz à lui. Des études de corps, d'organes. Plus que dans le macrocosme de l'esprit, le Grand Jeu se joue dans les détails. Propos recueillis par Peter Szendy
Ces treize secrets ont été créé à Clermont-Ferrand le 1er février 2000, lors d'un concert S :i.c., par Vincent Leterme. Ils lui sont dédiés. | ||||