Pièce pour douze Pour 2 hautbois, clarinette contrebasse, contrebasson, 2 cors, tuba, piano, 2 marimbas, contrebasse Pièce pour douze : douze instruments dont le registre dominant est le grave, voire l'extrême grave. L'oeuvre est conçue comme une suite d'échappées avortées, qui retombent chaque fois dans une rumeur profonde, à la limite de l'imperceptible : autant de cycles qui scandent la forme. Une rumeur incessante et instable : « comme la flamme d'une bougie », elle vacille. Car le son, si infime soit-il, est toujours perturbé, par des ornements en quarts de ton, par des sons multiples aux bois, par la voix des instrumentistes qui chantent dans les cuivres (1), par l'alternance rapide des timbres ouverts ou bouchés aux cors. (Ce murmure est comme le ressassement d'une cellule de six notes, qui imprègne les figures musicales de toute la pièce). Un premier envol se termine par une chute des cors et du tuba - figure de l'échec qui reviendra plusieurs fois. Le tuba reste seul, dans l'abattement de l'extrême-grave, « morendo ». Un second accroissement d'énergie - gonflement de l'effectif, éclatement des registres et des rythmes - se solde par une rechute : deux cors lointains, permutant inlassablement et comme en écho les mêmes motifs. Cette « cadence » à deux conduit à une réexposition des premières mesures. La texture initiale, qui semblait liminale, est alors déchirée, clairsemée : la raréfaction, l'entropie sont à leur maximum. Des silences - les premiers de la pièce - trouent le tissu sonore, qui devient pourtant la proie d'une agitation croissante. Les cycles se resserrent, l'instabilité atteint la succession des phrases. Le discours devient heurté, les alternances chaotiques : l'oeuvre se termine à la façon d'une strette. Avec Pièce pour douze, Georges Aperghis a écrit une oeuvre de « musique pure », distincte de sa production pour le théâtre. S'il subsiste néanmoins une certaine théâtralité, elle est toute intérieure - issue de la construction dramatique de la grande forme. Peter Szendy (1) la voix n'est jamais perçue comme telle : elle se fond en un son complexe instrumental
Commande de l'Ensemble Intercontemporain | ||||