Babil
1996

Concerto pour clarinette et quinze instrumentistes
Créé par Armand Angster et l'ensemble Ars Nova dirigé par Philippe Nahon

 

Babil est, à l'heure actuelle, le seul concerto écrit par Georges Aperghis. Bien qu'il comporte des séquences enchaînées et non des mouvements, c'est un “vrai” concerto, qui exploite les possibilités expressives de l'instrument soliste et en tire une tension thématique. La clarinette pouvant être aussi bien volubile et extravertie que d'une douceur nostalgique et intériorisée, Babil est bâti sur une antithèse de figurations. D'un côté l'animation, voire l'excitation, de l'autre un apaisement teinté de mélancolie (ou de résignation ?).

Un premier épisode oppose des cellules aussi agitées que péremptoires, dans leur vigueur martelée, à des figures paisibles, un peu accablées, sur lesquelles elles prennent nettement le pas. Les silences ne font que préparer des irruptions successives et la clarinette solo reste enfermée dans la matière sonore de l'orchestre, parasitée qu'elle est, principalement par les bois. Elle impose enfin son sympathique “babil” et les cordes, qui jusque-là n'en menaient pas large, prennent timidement la parole, prudemment repliées sur un minuscule intervalle.

La fébrilité du début tend dès lors à s'évacuer, non sans une vigoureuse résistance des cuivres. De longs glissandi descendants et montants du soliste imposent progressivement un autre climat et se propagent aux cordes, tandis que la clarinette s'ébat dans une brève et joyeuse cadence. On est vite amené à un épilogue lent, Adagio teinté de nostlagie et d'errance, où le chant microtonal de la clarinette est doucement soutenu par l'ensemble. la mélodie voilée a triomphé des effets rythmiques.

Antoine Gindt